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Avec la terre, ce n’est pas toi qui décide…
tour à pédale
Je n’avais pas décidé d’être potier et je le suis. J’ai commencé par faire un stage au club Léo Lagrange et dans ce cadre, j’ai rencontré le potier qui m’a appris le métier et qui lui-même avait acheté l’atelier à un autre potier et c’est comme ça depuis les années 1880 environ. Le chemin s’appelle d’ailleurs Chemin de la poterie…
Je travaille surtout l’argile, c’est simple à reconnaître : si ça te colle aux doigts quand c’est mouillé, et que c’est dur comme de la pierre une fois sec, c’est de l’argile… Il y en a de couleurs différentes, rouge ou rose, jaune ou verte, marine, blanche ou grise. Ici, nous sommes à Roussillon qui veut dire « terres rouges ». Il y a des carrières pas loin. En France, beaucoup de villages s’appellent Roussillon, ça veut dire qu’il y a sûrement des potiers…
La terre se travaille avec tous les éléments : l’eau pour la rendre souple, le feu pour la cuire, le métal dans certains outils et dans les vernis, l’air pour la faire sécher, et le feu pour la cuire. C’est la terre qui est au centre. Mais ça n’est pas toi qui décide… C’est l’eau, l’air, le métal et le feu… Pour que les éléments t’obéissent, il faut respecter les règles. Tu les apprends au fur et à mesure avec ton expérience. Dès que tu ne respectes pas les règles, tu perds la main : si tu mets trop d’eau, ta terre fond, si tu n’en mets pas assez, elle est trop sèche, pareil pour l’air, le métal ou le feu. C’est ni trop ou trop peu, c’est juste ce qu’il faut. Il faut être juste et précis…
Le travail de la terre commence par la terre et se finit dans la terre : à côté de chez nous, nous avons des carrières d’argile rouge et il y en a dans le sol partout dans la région. Dans notre cour, il y a de la grise, de la jaune et de la rouge. Je commence par laver la terre avec un système manuel pour enlever les cailloux, les végétaux, pour la purifier en quelque sorte. Puis je la laisse sécher (en Chine, on dit qu’un grand père prépare sa terre pour son petit fils…). Je lave la terre en été. Je fais ma réserve pour l’année. Puis je la passe au malaxeur électrique entre deux pierres et je la mélange à l’eau pour en faire des pains que j’utilise après pour le tour. Quand on a finit une pièce, on ne jette pas la terre, on la rend à la terre. Quand on tourne, on a de la terre en trop ou on rate des pièces à toutes les étapes (ça n’est pas grave, je dis toujours aux stagiaires que je suis content qu’ils ratent beaucoup parce que cela veut dire qu’ils ont beaucoup essayé ; moi aussi je rate…). On ne jette rien, on la laisse se reposer, on la re-prépare et on la retravaille le lendemain. Même l’eau dans laquelle on se mouille les mains est reversée dans le bassin qui sert à laver la terre… Le bassin est en briques…de terre…
à suivre…
Nathalie Pouzet et Jean-Jacques Dubernard
Poterie des Chals, chemin de la poterie, 38150 Roussillon
Tel/fax : 04 74 29 54 40
http://poteriedeschals.free.fr